1Q84 by Haruki Murakami

Guest Post by Hala Moubarak.

Silence… c’est un Murakami que je tiens entre mes mains. Silence ! Pour que je puisse me glisser à travers chaque page de ce grand écrivain. L’un des plus grands de ce siècle… silence… je n’arrive plus à lâcher 1Q84, un livre que j’attends depuis des mois. Une trilogie… une énigme… un long poème en Haïku, jusqu’à perdre haleine, jusqu’à me perdre moi-même entre les lignes.

Murakami… tu sais me garder sur ma soif, aiguiser mes nerfs, et te foutre de moi….

1Q84, est-ce un jeu de mots ? Est-ce un scenario pour un manga que nous verrons bientôt sur nos écrans ? Je l’espère… puisque l’histoire relève d’un imaginaire incomparable. Une histoire qui commence chapitre par chapitre entre deux personnes que l’on suit au fil de leurs jours. Tengo, professeur de mathématiques et écrivain dans l’âme, et Aomamé tueuse à gages travaillant pour une très riche femme d’affaires. Ainsi ces deux personnes vont se retrouver confrontées à une nouvelle réalité, un nouveau monde. Quand une sommité de l’édition demande à Tengo de réécrire l’œuvre d’une jeune adolescente de 17 ans, l’autre monde s’installe, avec ses deux lunes troublantes, ses « Little People » et ses remises en questions.

Est-ce Murakami qui écrit sa propre version de 1984, de George Orwell ? Est-ce la réalité de notre monde qui se perd de plus en plus avec la montée en flèche des nouvelles technologies, d’internet ? Sommes-nous en train de perdre petit à petit notre part d’humanité ?

Je ne peux vraiment répondre à ces questions. Le Livre 1 n’est que l’introduction d’une trilogie qui, je suis sûre et certaine, va me compliquer la vie pour les semaines à venir.

Là où le fanatisme religieux et l’extrémisme ne font plus qu’un, la trame de ce roman n’hésite pas à nous confronter à ce qu’il y a de plus profond en nous. Une secte qui offre à son gourou des petites filles de 10 ans à violer, une aiguille qu’utilise Aomamé pour tuer tous ceux qui méprisent les femmes, Tengo- nègre qui se voit pris au piège du mensonge. Et chaque personne qui défile nous dévoile ses blessures et son côté humain, sa vérité la plus profonde. Au-delà du fantastique, 1Q84 est un roman historique, rappelant la colonisation de la Mandchourie et de la Mongolie par le Japon, ou les agissements criminels de la secte Aum entre autre. 1Q84 offre une réflexion sur notre société contemporaine : la quête de spiritualité, la peur de l’autre comme de la solitude, la volonté de défendre le bien jusqu’à l’extrémisme. Un roman policier, un roman historique, un roman tout court… des histoires pour servir un seul but : celui de la description de l’humain, et de ce qui reste en nous d’humain.

Murakami aime mettre en scène des personnes qui souffrent, des familles recomposées de bras cassés. Depuis ma lecture de  « Kafka sur le rivage », je ne cesse de vouer une admiration pour ce grand écrivain japonais. Les passages du sensuel au sexuel, du monde cérébral à celui du cœur, les glissements entre deux choses, comme ces deux mondes que Murakami pose à nos pieds. C’est un abyme qui s’est ouvert sous mes yeux quand j’ai commencé la lecture de ce roman tant attendu. Je me laisse transporter par cette histoire qui fait bouger en moi tant et tellement de choses. Les mots sont crus, les situations sont cruelles…. Et Murakami ose évoquer ouvertement ce que nous pensons tous tout bas. Le temps s’arrête… ou du moins le temps s’est arrêté pour moi. Je suis en plein 1Q84… en plein récit palpitant. L’immobilité apparente avance avec chaque page que je tourne pour en tourner une autre. Livre 1 fini… et je m’échappe de la réalité de ce monde pour me livrer à cœur et à corps ouverts à Murakami…

Je te maudis ! Oui, je te maudis Murakami….

[ A suivre, 1Q84-Livre 2, dans quelques jours]

3 comments

  1. Mireille Elias

    Merci Hala pour ce post.
    Je crois que je vais courir acheter ce livre aujourd’hui🙂
    C’est “Kafka sur le rivage” qui m’a fait tomber amoureuse de lui. Je suis tout à fait d’accord avec toi, on se livre à coeur et à corps ouverts à Murakami.
    Je voulais juste savoir si tu as aimé “Saules aveugles, femme endormie”. Je ne sais pas pourquoi, mais je peine à le lire, il ne me transporte pas là où Kafka m’a emmené. Est-ce juste moi?
    Dans l’attente de lire ta revue de 1Q84 livre 2
    Je te souhaite une excellente journée
    Mireille

    • Bonjour Mireille…. En attendant la sortie du livre 3, je ne peux que me détacher de Murakami pour le moment. Ne serait-ce que pour mieux le retrouver plus tard. J’ai fini de lire le livre 2 il y a plus d’une semaine, et tu liras ce que j’en pense bientôt. Il y a deux jours, j’ai quand même acheté “Saules aveugles, femme endormie”, mais je me laisse aller aussi avant de commencer à le lire. Je te tiendrai quand même au courant.
      Pour l’instant, c’est tout autre chose que j’ai entre les mains… mais là aussi, j’essayerai de te surprendre et de te faire découvrir des livres à dévorer.
      J’espère que tu passes une bonne journée…. Que du bonheur malgré le ciel gris de Beyrouth,
      H*

  2. Rana

    Je suis aux premieres page du livre 1.. Je trouve que les oeuvres de Murakami fonctionnent vraiment comme des Koan. On lit ses textes et decouvrons ses personnages qui se denudent petit a petit mais c’est sur un autre niveau, dans une realite parallele que les revelations se font.. indescriptibles et en silence…pour revenir a tes mots du debut … en depit de tous ses mots c’est le Silence qui definit le mieux Murakami…merci pour toute l’eloquence qui lui rend si bien homage… on attend la suite…
    xxx

    Rana

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: