Caïn, Jose Saramago

Review by Jack Eltschinger.

9780547840178La figure de Caïn a toujours été un thème clef de la littérature, mais personne n’a jamais pensé à lui donner le bon rôle dans un roman. José Samarago a réparé cette erreur non seulement en plaçant Caïn au centre de son texte, mais aussi en en faisant le narrateur de sa propre histoire, ce qui permet enfin à ce fratricide de donner son point de vue sur le meurtre de son frère et les évènements qui ont suivis.

De page en page, nous suivons Caïn lors de la destruction de la tour de Babel, ou du sacrifice d’Isaac, nous le voyons en tant que témoin des souffrances de Job, nous le suivons même auprès de Noé lors du déluge, qui est justement le point culminant du roman. Le texte est léger et très agréable à lire ; et le fait que Samarago soit un conteur hors pair, et nous présente un point de vue différent des évènements bibliques tient le lecteur en haleine jusqu’à la catastrophe final (Abel devait être vengé sept fois, mais Caïn ne l’a pas entendu de la sorte…).

L’auteur offre ici le point de vue d’un révolté qui, en lien régulier avec Dieu, fait passer ce dernier pour un être encore plus mauvais que le Diable (si Dieu est amour, pourquoi donc laisse-t’il souffrir Job de cette façon, ou massacre t’il autant de ses créatures), et qui devient extrêmement sympathique pour le lecteur, car il sent Caïn opprimé, et se demande si, dans le fond, ce dernier n’aurait pas raison ? Caïn ne serait-il pas un être profondément juste et bon, victime d’un dieu cruel dont on ne doit pas déranger les plans ? Le lecteur se place ici instinctivement du côté de l’opprimé, d’une part de par ce que le personnage est en train de subir : mais aussi parce qu’il éclaire les actes divin d’une nouvelle lumière; et surtout parce qu’il s’oppose à son créateur, allant jusqu’au tour de force qui consiste à contrecarrer ses plans ! La fin du roman laissant certes entrevoir une vision de l’histoire de l’humanité bien différente que celle contée dans les Ecrits, mais combien plus jouissive, car bien plus juste !

José Samarago ne tombe pas dans son roman dans le piège de la réflexion religio-philosophique, ou dans l’utilisation « lambda » du personne de Caïn comme simple symbole de rébellion ; ici il n’est point question de dissertation, mais d’action. Le roman n’est pas un texte philosophique, mais un roman d’aventure prenant, racontant la révolte du narrateur et ses actions pour contrer Dieu, ce qui rend l’œuvre extrêmement intéressante. Caïn est ici un vrai personnage, éminemment sympathique, qui ne réfléchit pas sur le bien et la mal avant d’agir, il agit simplement ; et c’est ce qui rend le roman justement si prenant. Et de toute façon, ici point de philosophie, Caïn est humain et il agit en humain, pour le bien de l’humanité, allant certes à l’encontre de la doxa biblique, mais allant en direction de l’être humain dans toute sa beauté !

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