Bouvard et Pécuchet, Gustave Flaubert

Review by Jack Eltschinger.

Bouvard et Pécuchet, Gustave FlaubertIl est des livres qui, parfois, nous plaisent car leurs personnages nous rappellent des connaissances, ou des événement que nous avons tous plus ou moins un jour vécu. Tel est le cas de Bouvard et Pécuchet, dernier roman, inachevé, de Gustave Flaubert. Non pas que nos deux médiocres gratte-papiers parisiens soient en eux-mêmes des exemples flagrants de réalités, mais on ne peut s’empêcher, en les voyant aller de déconvenue en déconvenue de se rappeler certaines de nos expériences personnelles, et d’en sourire avec tendresse.

Flaubert a voulu ici critiquer le pédantisme et la recherche du savoir a tout prix, en ce centrant sur les personnages de Bouvard et de Pécuchet, sautant allégrement de la chimie à l’archéologie, en passant par la philosophie et le jardinage, le tout dans une soif insatiable de savoir encyclopédique, qui invariablement se termine dans de joyeuses catastrophes, mettant en émoi tout le village dans lequel les deux demi-lettrés ont élu domicile. La critique sociale de l’auteur s’allie bien entendu avec le plaisir du roman, en mettant en lumière des petits détails tel que l’histoire d’amour d’un de nos deux héros, les relations entre religion et politique, et la peinture d’un petit village de campagne du 19ème siècle. Flaubert reste lui-même jusqu’au bout, en incluant une dimension sociale à ce roman, qui finalement et un roman de mœurs « intellectuelles », condamnant une certaine société bourgeoise se voulant éduquée, mais n’atteignant en aucun point les standards de savoir dont elle se réclame.

Pourtant, la critique flaubertienne de cette bourgeoisie tombe à plat, pour la simple bonne raison, outre le fait que nous soyons des lecteurs du 21ème siècle, éloignés de ces mœurs ; que les deux savants idiots mis en scène par l’auteur sont extrêmement attachants dans leurs malheurs. On ne peut s’empêcher, en voyant leurs déboires, de se remémorer nos propres apprentissages, et nos échecs scolaires, certes moins gargantuesques que ceux de Bouvard et de son collègue plumitif, mais néanmoins ancrés dans nos mémoires comme de bons souvenir d’une époque révolue de nos vie. Et qui plus est, qui ne prendrait pas en pitié nos deux héros en lisant les récits de leurs innombrables chutes et blessures accompagnées de maladies auto infligées, en ayant instinctivement mal nous-même devant ces deux grands enfants qui chutent en apprenant à marcher ?

Flaubert a réussi a nous présenter l’histoire merveilleuse de deux clowns tristes, hilarants de par leur bêtise et leur maladresse, mais larmoyants de par la souffrance que l’impossibilité d’atteindre leurs idéaux sous-entend. Un grand dernier roman, dont la fin, d’après le brouillon fragmentaire restant allait être triste, mais dont l’incomplétion rend nos héros magnifiques, car finalement, il ne sont qu’un miroir de notre propre éducation et de notre propre intelligence.

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